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Premier
soir d'une traversée du Pacifique. Après
une journée
assez frénétique : derniers achats de
vivres frais, de pellicules photo et de diverses pièces
détachées, plein d'eau et de fuel et adieux
émus aux jolies barmaids qui tiennent le petit
kiosque de la marina Flamenco ( quelle merveille que
cette Amérique Latine, où il est tout
à fait courant de s'adresser aux femmes qu'on
rencontre en leur disant "Mi Amor", "Mi
Querida" - Ma chérie, "Mi Inspiracion"..
Je me rappelle une gentille fliquette panaméenne,
aussi large que haute, à qui j'avais demandé
mon chemin, et qui avait commencé par me dire
"Mi Tesoro" - Mon Trésor ) ; après
une journée frénétique, donc, j'ai
fini par prendre le large vers 17 H 00. La mer était
belle , le vent faible mais portant, quand j'ai constaté
que ma route me ferait passer juste devant le mouillage
de la petite île de Taboga à la tombée
de la nuit ; les possibilités de jeter l'ancre
vont tellement me faire défaut dans les jours
et les semaines au grand large qui m'attendent, que
je ne me suis pas senti de refuser cette petite escale
tranquille, de dormir encore une bonne nuit dans mon
lit au lieu de la passer à guetter sans pouvoir
fermer l'oeil les innombrables cargos qui montent et
descendent le rail d'approche du Canal de Panama.
Me voici donc à l'ancre pour quelques heures
; malheureusement le mouillage est étrangement
rouleur ce soir, agitant le bateau de façon presque
aussi désordonnée qu'en navigation, et
il n'est pas exclu que je reprenne la mer plus tôt
que prévu !.
Près de moi, les lumières du joli petit
village fleuri, aux allures presque méditerranéennes,
où j'ai découvert il y a quelques mois
une plaque dressée en hommage à Paul Gauguin
: lorsque le peintre quitta la France une première
fois, ce n'était ni pour Tahiti ni pour les Marquises,
mais pour cette petite île proche de la grande
ville de Panama, où travaillait un parent de
Gauguin, qui, dans une lettre, lui avait vanté
l'île, où Gauguin pourrait sans mal acheter
pour une bouchée de pain aux Indiens un bout
de terrain où il pourrait créer son atelier
des Tropiques...Malheureusement, quand Gauguin arriva,
les travaux du creusement du Canal de Panama par les
Français sous la direction du Baron de Lesseps
avaient fait monter les prix de la terre et le coût
de la vie : Gauguin se retrouva obligé, pour
survivre, de s'employer aux travaux du Canal de Panama,
dans sa partie la plus difficile à creuser. Son
salaire : 1$50 par mois... et il fut vite renvoyé
suite à une compression de personnel, et partit
pour la Martinique, afin d'y soigner les maladies contractées
au cours de ces travaux dans les marécages insalubres
infestés de malaria.
Le bateau est chargé comme il l'a rarement été,
fuel, eau, vivres pour six mois, plus une place sur
aucune étagère ni dans le réfrigérateur,
le prochain supermarché est à 4000 milles
devant. Demain je pars contourner la Punta Mala pour
mettre le cap, suivant le vent que je trouverai, vers
les Galapagos ou l'île Coco...
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